La Fondation BDA : une entreprise responsable

La Fondation BDA

Dans le cadre du cours de Management de la Responsabilité Globale, les étudiants du Mastère Spécialisé Management et Compétences Internationales d’Audencia se sont intéressés à la Fondation BDA créée en 2006, par Carole Robert. Cette Fondation suit un schéma atypique puisqu’elle est bâtie sur l’idée de la création de valeurs sociales, environnementales et bien sûr économiques. La mission étant de “créer une chaîne d’approvisionnement innovante en ingrédients botaniques sans intermédiaire commercial, qui présente des avantages durables, équitables et significatifs pour les éco-preneurs BDA et leurs communautés locales en République démocratique du Congo.”

Cette initiative est issue du constat de l’épuisement du modèle pharmaceutique actuel basé sur les molécules de synthèse. Il est donc nécessaire de revenir à des molécules et des processus plus naturels permettant de répondre aux besoins des secteurs pharmaceutiques, nutraceutiques et cosmétiques. A cet égard, Carole Robert s’est rendue compte que l’Afrique Sub-saharienne contient 25% des ressources naturelles mondiales, mais qu’elle ne représente que 0,01% du marché mondial des plantes à valeurs ajoutées (PVA). Cela peut être expliqué par les contrôles qualités demandés par ces trois secteurs. Partie de ce constat, elle a compris l’enjeu d’intervenir sur ce marché où la demande ne cesse d’augmenter. A titre d’exemple, le marché des nutraceutiques a atteint 151 milliards de dollars US en 2011. Toutefois, Carole Robert a souhaité se distinguer des modèles classiques d’organisation en créant une Fondation basée sur les trois piliers du développement durable : rendement économique, social et environnemental.

Le fonctionnement

La Fondation BDA est une organisation à but non lucratif qui s’intéresse à la préservation, la culture et la distribution de plantes naturelles issues de la Forêt Tropicale Africaine, ainsi qu’à la création d’emplois durables et de projets d’entreprise au Congo liés aux PVA. Elle met ainsi en oeuvre un nouveau modèle d’affaire prenant en compte le rendement social ainsi que le principe du “Trade not Aid,” pour maximiser les retombées locales. Ce business modèle comprend deux entreprises, Fondation BDA et PharmAfrican qui cherchent à promouvoir la biodiversité, les savoirs faires traditionnels, le travail et le rôle des femmes, le renforcement des capacités et le développement des communautés rurales.

Concernant la Fondation BDA, son programme principal se nomme Plante Action. Il s’agit de former des Ecopreneurs pendant trois années qui se spécialisent dans la culture des plantes médicinales en respect avec les normes qualités instaurées par l’OMS et requises par les industries. Les Ecopreneurs sont des entrepreneurs africains amenés à créer des PME en matière de culture et de transformation des PVA destinées aux marchés locaux et internationaux. L’enjeu de la Fondation est de créer de l’emploi local et de participer au développement économique du pays, tout en préservant ses richesses.   

En parallèle, l’entreprise PharmAfrican, organisation à but lucratif créée par Carole Robert en 2008, permet “d’offrir un ‘triple résultat’ aux actionnaires (économique, social et environnemental) en développant et commercialisant des ‘ingrédients bénéfiques pour la santé qui soient innovateurs’ dérivés de plantes médicinales africaines à haute valeur ajoutée, répondant aux exigences et aux besoins du marché B2B :

  • des produits de santé naturels (superaliments, cosmétiques, nutraceutique et aliments fonctionnels) par la filiale PharmAfrican Inc.
  • des produits biopharmaceutiques (médicaments à souche botanique) : via la filiale PharmAfrican Pharma.”

Les défis

La Fondation BDA fait face à deux défis majeurs. Le premier concerne la commercialisation de ses produits. La pénétration des produits sur le marché, et particulièrement celui du B2B est délicate puisque les entreprises ont déjà leurs approvisionnements habituels. Sans parler des entreprises qui exploitent actuellement les ressources africaines sans aucune considération des retombées sociales, économiques et qui proposent donc des produits moins chers. Malheureusement, ces industries ne sont pas prêtes à prendre le “risque” de s’approvisionner auprès de la Fondation BDA et donc des Ecopreneurs, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle présente un modèle économique et un fonctionnement atypiques qui peut effrayer des industries frileuses au changement. De plus, la République Démocratique du Congo, peut paraître pour ces industries, comme un pays à la politique instable, qui donc n’assure pas une pérennité économique. Ensuite, parce que ces industries s’approvisionnent chez les “géants,” elles obtiennent des rabais que la Fondation BDA ne peut concurrencer.

Heureusement pour la Fondation, le marché B2C semble plus facile d’accès dans la mesure où il y a une relation directe avec les consommateurs, plus réceptifs à ces problématiques sociales et environnementales.

Le deuxième défi de la Fondation concerne son financement. Etant une organisation à but non lucratif, elle se finance via des donations et également via l’entreprise PharmAfrican. Cette dernière, est financée principalement par des fonds privés et ses revenus proviennent des compagnies de commercialisation dans les domaines nutraceutique, cosmétique et pharmaceutique, ainsi que de la vente de licences de fabrication à des sociétés de production. Cependant ces sources de revenues ne sont pas suffisantes, c’est pourquoi la création d’un label a été envisagée.

BASS et le label BDA

Carole Robert a créé BASS (Botanical Alliance for Sustainable Supply) en 2014. C’est un comité de représentants élus qui siègent au Conseil d’Administration de la Fondation BDA. Il permet de garantir la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement. Pour faire partie de BASS, les acteurs doivent être impliqués dans la chaîne de valeur des PVA (B2B, B2C, Ecopreneurs ou investisseurs). Les membres de BASS apportent leurs expertises, ce qui permet à la Fondation BDA d’évoluer de manière cohérente avec son environnement. Ils ont plusieurs axes d’étude comme par exemple les tendances du marché, les stratégies de commercialisation des produits, mais également l’accompagnement des producteurs.  

Mais la création de BASS n’a pas résolu les problèmes de financement de la Fondation. C’est pourquoi Carole Robert et son équipe ont fait le choix de créer un label BDA. Ce label permet de chercher à réaliser un profit à la fin de la chaîne de commercialisation. Ce sont les consommateurs qui paient cette prime au développement durable. Avec la création du label, les intermédiaires ne sont pas impactés car ils ne paient pas la prime et les profits reviennent aux Ecopreneurs.

Le label BDA a été créé par PharmAfrican car la Fondation BDA ne possédait pas les fonds nécessaires au lancement de ce label. Les profits du label ont deux objectifs : le financement de la Fondation BDA et le remboursement des actionnaires. Au delà de l’enjeu financier du label qui assure la pérennité de la Fondation BDA, celui ci permet de garantir aux consommateurs des standards de qualité, de développement durable et d’engagement social, économique et environnemental.


Glossaire

B2B : Business to Business

B2C : Business to Consumers

OMS : Organisation Mondiale de la Santé

PVA : Plante à Valeur Ajoutée

Triple Bottom Line : les trois piliers du Développement Durable (croissance économique, développement social et protection de l’environnement)